Le pape à la rencontre de l’Eglise de France en recomposition

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Quel contraste entre l’enthousiasme suscité par la visite de Léon XIV en France et l’image d’une institution que l’on disait affaiblie et disqualifiée. Plus d‘un million de personnes attendues à Paris, des jauges qui explosent aussi à Lourdes et Metz. Ces foules passionnées et rajeunies n’ont rien à voir pourtant avec celles du catholicisme d’antan.
Du 25 au 28 septembre, Léon XIV va à la rencontre d’une Eglise de France en pleine recomposition. Paradoxalement, c’est l’effacement d’une religion d’héritage du paysage sociologique français qui va provoquer son renouveau inopiné. Démonstration in La Provence du 20.9.26
Comme presque partout en Europe, l’Eglise catholique est devenue minoritaire. Encore plus marquant en France, son effondrement est à la mesure de sa perte d’influence dans la sphère publique (votes, malgré son opposition, des lois sur « le mariage pour tous », sur « l’aide à mourir »). Caractéristique de ce qui structurait la vie sociale jusque dans les années 1960, le pourcentage de baptêmes des petits Français est passé de plus de 90 % au milieu des années 1950 à 25 % en 2026 (50% en 2000). Dans le même temps, la pratique de la messe dominicale a dégringolé de 30% à… 3%. Quant aux 12 000 prêtres (diocésains et religieux), qui s’épuisent aujourd’hui à courir le dimanche vers de multiples clochers, ils étaient près de 60 000 jusqu’en 1960. Cinq fois plus nombreux.
Une foi libérée de ses pesanteurs historiques
Exit donc la religion majoritaire des Français avec ses réflexes culturels dominants et ses pesanteurs sociales. Mais c’est cet effondrement qui lui donne un nouveau souffle, sous des formes totalement inattendues ! Voilà une génération, souvent inculte en matière religieuse, qui s’intéresse à une foi chrétienne libérée des pesanteurs historiques comme des préjugés ou rancœurs de leurs ainés. Et la voilà qui frappe à la porte des églises. A Pâques dernier, ils étaient 21 386 adultes et adolescents français à être baptisés. Et la progression du nombre des catéchumènes, se préparant durant deux-trois ans au baptême, devient exponentielle. Prenant de court l’institution, ils ont atterri là par des chemins de traverse : des camarades d’école qui témoignent sans complexe, une grand-mère rescapée de la déchristianisation du reste de la famille. Et massivement par les réseaux sociaux, avec leurs débats et défis lancés et les influenceurs de la « cathosphère ».
Des espoirs et des risques
Sans doute voient-ils dans cette foi décomplexée une boussole pour un monde qui perd tous ses repères. Ils sont en quête de sacré, de contre-modèle culturel en même temps que de marqueur identitaire, face à la concurrence de leurs congénères musulmans.
Un enthousiasme qui ne manque pas de soulever des questions. Celle d’abord des risques de replis et de dérives identitaires, soulignés par le cardinal Aveline, à Lourdes en novembre 2025, devant l’assemblée des évêques de France qu’il préside. Ensuite leur soif d’absolu, sans discernement ni connaissance de l’histoire de l’Eglise, peut marquer un retour en arrière dans des expressions de foi les plus intransigeantes et traditionnelles. Au risque de déboussoler les générations précédentes, attachées au concile Vatican II. Et c’est enfin la question de l’intégration à terme de ces nouveaux venus et de leur accompagnement au sein de paroisses vieillissantes. Autant de défis qui sont à la mesure de l’espoir de renouveau qu’il suscite.